Journalisme et internet : vrais débats et arguments faux...
(Mon blog devient trop sage, il est temps de me faire de nouveaux ennemis...)
Deux fois, en deux jours, le sujet est revenu sur le tapis... Avec les mêmes arguments. Et la même méconnaissance du fond du sujet...
"Les nouveaux médias sont des dangers : on y publie n’importe quoi, n’importe comment. Ce n’est pas du journalisme, car il n’y a ni déontologie ni ligne éditoriale, ni enquête, que du mauvais témoignage.... De toute façon, les gens (j’adore ce que sous-entend ce mot) n’ont pas tous le bagage socioculturel suffisant pour trier les informations valides et encore moins pour en créer… ".
Ce ne sont pas des conversations du café du commerce. Ce sont des propos tenus à l’université, par des enseignants, des chercheurs-sociologues, de futurs ou d’actuels journalistes, pendant des cours touchant aux médias, à la communication, aux technologies de l’information...
Je suis quasiment le seul à défendre une position totalement inverse lorsque la question vient troubler la quiétude de l'amphi. Et là, en général, je prends mon bâton de bloggeur-pèlerin, et j’essaye de rappeler quelques faits :
- L’autorégulation : sur le web, sur nos blogs, sur les wikis, les digg-like, les portails vidéos, etc., tout le monde peut évidement publier n’importe quoi.
Mais chacun peut également venir nuancer, démentir, approfondir, corriger, compléter… que ce soit sur son propre support de communication, en laissant des commentaires sur l’article "source", en engageant une conversation contradictoire sur le forum…
Le modèle de wikipédia, malgré des lacunes encore évidentes, montre qu’il y a une autorégulation du web… Plus une information est « visible » sur internet, plus elle s’expose à la correction, à la précision ou au débat des internautes. - La diversité et la richesse du profil des internautes-rédacteurs : comment peut-on imaginer que la majeure partie de ce qui est publié sur les blogs présente un bas niveau d’expertise, voire ne présente aucun intérêt ?
De plus en plus, les spécialistes de tous les domaines (le patron d’entreprise, l’artiste, le politique, le chercheur, le cuisinier, etc.) ouvrent leurs blogs, y publient des articles de qualité.
Des articles qui sont souvent le fruit de plusieurs années de réflexion, de travaux, de pratique, de passion… Plusieurs années qui, bien souvent, permettent d’avoir une vision plus juste et plus exhaustive que celle fournie par les quelques heures passées pour la rédaction d’un article dans un quotidien…
Le témoignage et l’enquête co-existent sur les blogs… mais sur des modèles différents des médias traditionnels. Les journaux, les ouvrages d’enquête, les émissions télévisées ou de radio nous ont habitués à un modèle bien précis : le rédacteur ou l’équipe de rédacteurs nous livre, d’un seul coup, toute une enquête, racontée du début jusqu’à la fin, avec éventuellement des conclusions qui viennent l’éclairer…
Je soutiens que certains blogs font exactement la même chose, à une différence près : l’enquête se déroule devant nos yeux, en temps réel, plusieurs acteurs y participent, consciemment ou non, avec des avis contradictoires et parfois sur une longue période…
Avez-vous suivi les processus d'enquête, de contre-enquête, de contre-désenquête sur la vidéo de Ségolène Royal face aux syndicats enseignants ?- Les internautes sont souvent intelligents. Un horrible présupposé revient régulièrement dans les propos des détracteurs des nouveaux médias : l’internaute serait un zombie informationnel de bas niveau culturel, incapable d’utiliser son sens critique, encore moins de créer du savoir.
Même si je force outrageusement le trait, on retrouve ce présupposé exprimé régulièrement, alors que plusieurs approches pratiques ou scientifiques prouvent l’inverse : la sociologie (les internautes qui ont un fort besoin d’information et vont l’assouvir sur les blogs ont une culture générale élevée ou un niveau de connaissance spécialisée élevée), l’éducation (la sensibilisation à la valeur de l’information à sa validité, à sa recherche, etc. commence désormais dès le collège, parfois dès la primaire) et l’étude des TIC et des médias (l’observation des méthodes de recherche d’information, des pratiques de zapping d’une info à une autre montre que les internautes se contentent rarement d’un seul article sur un sujet qui les intéresse)…
Ce genre d’argument, issu tout droit d’une tradition « bourdieusienne », pourrait aisément être retourné (toujours à tort, donc) contre les journaux papiers… - Les notions de déontologie journalistique et de ligne éditoriale sont les constructions d’un corps de métier bien particulier : les journalistes. Les rédacteurs du web ont leurs propres normes d’éthique, de transparence et de collaboration, que l’on ne peut ni comparer ni transposer.
Comprenons-nous bien : je suis le premier à prôner un web éthique, où les rédacteurs expliquent dès le départ leur projet intellectuel (s’ils en ont un), et font preuve du maximum d’honnêteté. Mais l’on ne peut leur demander d’appliquer des normes d’un corps de métier, s’il n’en font pas partie et ne s’en revendiquent pas.
Surtout, peut-on demander aux internautes de se plier à des pratiques professionnelles que les professionnels ont eux-mêmes du mal à respecter ? Les journalistes sont tous d’accord pour dire que leur pratique a changé, qu’ils se servent énormément d’Internet pour préparer, voire pour rédiger entièrement leurs sujets…
Le nombre de « dérapages » journalistiques, d’informations trouvées sur le net et reprises sans vérification par les différents organes de presse augmente sensiblement.
Quant à parler de la transparence et de l’objectivité des médias, c’est quelque chose que l’on n’ose plus, depuis que les « grands médias » français sont financés par groupes économiques loin d’être neutres et éthiques (Dassault, par exemple), où que l’on dévoile de nouveaux liens entre pouvoirs politiques et médias...
Les arguments ne manquent pas et pourraient me mener à rédiger aux moins dix articles, rien que sur les raisons pour lesquelles certains tiennent ces discours…
Mais je n‘irai pas plus loin : l’objectif de cette note était juste de me fâcher un peu avec quelques personnes… Le prochain article ratissera plus large et mettra tout le monde d'accord : on y parlera de sexe…
L'humeur du moment
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10 commentaires:
Euh.. je le relis et je réponds...
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jere
moi aussi, j'ai du me relire plusieurs fois avant de me comprendre...
Tout à fait d'accord avec cette théorie (et je suis objective hein ;D)
Car on oublie bien souvent que ce sont les passionnés qui font avancer le schmiblick (formule générale qui fait un peu café du commerce. ou web du commerce. J'avoue).
Dans le pire des cas, même si les propos s'avèrent erronés, il permet au moins de lancer le débat. A grands coups de levées de boucliers peut-être. Et ça c'est bien.
Par exemple, on peut évoquer les chercheurs, les institutions, les spécialistes qui utilisent leur blog comme relais, voire comme outil de vulgarisation (entre autres, le blog de Caroline Legrand, Anthropologue, le blog de l'URFIST, etc.)
Et là on est à des années lumières de skyblog... Pas de doutes... ;D
@ elodie :
note pour plus tard : ne jamais, en formation avec des "djeuns", tourner en dérision les skyblogs, même les plus marrants...
Il se trouvera toujours un ou une étudiante qui le prendra mal....
Allez savoir pourquoi.. : )
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jere
Ayé.. j'ai relu à tête reposée et claire. Et j'ai du mal à ... ne pas être d'accord.
Oui, l'auto-régulation existe : aucun ou peu d'article de wikis saccagés par des hooligans numériques (pas de challenge), peu ou presque de déviation du discours dans les commentaires de blogs ou de forums car le collectif veille et ne laisse pas passer n'importe quoi.
Je pense que la crainte des professionnels de l'info, c'est aussi de voir des gens "bleu-bites" (passez moi l'expression) s'essayer à leur profession et même, pour certains, à faire mieux en trouvant LA information vraiment nouvelle. Je pense notamment à cet étudiant américain métis pris à parti par le sénateur Sen George Allen alors qu'il le filmait. Insulte, dérision physique... la vidéo a fait le tour de la planète..
Le sénateur a fait rire les gens qu'ils l'écoutaient sur le moment... puis a perdu sa campagne avec excuses officielles.
Pas de bol pour les républicains un coup de pub comme ça.. et quel scoop que les professionnels du métier n'ont pas eu. Si cela avait été le cas, je pense que le message n'aurait pas eu autant d'impact.
ah oui : la vidéo de l'étudiant :
http://www.youtube.com/
watch?v=r90z0PMnKwI/
une autre où il est interviewé :
http://www.dailymotion.com/visited/search/
macaca/video/xg974_macaca-cost-sen-allen-the-race
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jere
@jéré : comme je le disais dans mon mail, on pourrait écrire dix notes rien qu'avec les raisons pour lesquelles les journalistes ou les sociologues tiennent ce genre de discours... je le ferai, un jour où je serai énervé à nouveau, tiens...
Oui, tu as pas tord..
tiens, voici ce que ça m'inspire... et en 6 mots sivouplé.
Film amateur. Moquerie. Vlog. Déchéance publique.
Hop ! Rock n'Roll !!
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jere
En six mots !
C'est la grande classe ! ;)
@elodie : c'est vrai, les blogs de spécialistes se multiplient. Et plus étonnant encore, les blogs de journalistes se multiplient très vite, et font partie des plus commentés (un effet de la popularité ?). Le blog de Schneidermann par exemple...
Les journalistes qui critiquent la blogosphère sans la connaître réellement semblent ignorer que d'autres s'y sont déjà investit avec bonheur...
@ filipe :
un entrainement de tous les instants. Je suis le spartiate du "6 words novel" : )
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jere
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